26 août 2015

David Poinard, son expérience dans le Kurdistan irakien

L’avancée de Daesh (Etat islamique) en Irak provoque des déplacements de populations massifs depuis juin 2014. La région autonome du Kurdistan doit ainsi faire face à un afflux de réfugiés qui fuient les zones de combats. Après avoir réalisé une première intervention avec la Croix-Rouge française à l’été 2014 pour porter assistance aux déplacés, la fondation Veolia s’est de nouveau mobilisée en participant à une mission d’évaluation du camp de Bardarash menée par le ministère des Affaires Etrangères. David Poinard, manager de service Ingénierie technique Eau du Grand Lyon, est parti sur place en août.

David Poinard : "En arrivant d’Erbil, vous êtes confronté à 3 000 tentes installées sur des dalles de béton, cerclées par des barbelés et protégées par des gardes armés… "

Témoignage de David Poinard

Vous êtes parti en août 2015 pour évaluer la situation en eau potable dans le camp de déplacés de Bardarash. Quelles ont été vos premières impressions en arrivant sur le site ?
David Poinard : C’est saisissant ! En arrivant d’Erbil, vous êtes confronté à cette vision étonnante : 3 000 tentes installées sur des dalles de béton, l’ensemble étant cerclé par des barbelés et protégés par des gardes armés… La région est particulièrement aride et cette mini-ville sortie de terre en quelques mois ne laisse pas indifférent. Mais, passés les premiers émois, on se plonge très vite dans le travail.
Vous aviez pour mission d’évaluer l’accès à l’eau potable. Quels points avez-vous relevés ?
D.P. : De nombreuses pistes d’amélioration ont étés soulevées à chaque étape du parcours de l’eau, le réseau de distribution a notamment révélé plusieurs malfaçons, liées notamment à la conception des infrastructures. J’ai donc listé tout ce qui devait faire l’objet d’évolutions et tenté de hiérarchiser les postes d’interventions pour que la population abritée puisse en bénéficier au plus vite.
Vous aviez déjà mené des missions à l’étranger, dans un contexte toutefois différent de développement en Afrique…
D.P. : Oui, et c’est très différent, en particulier sur le plan humain. Au Sénégal, j’avais été confronté à des populations qui n’avaient jamais eu accès à l’eau avant notre arrivée et au lancement d’un projet de développement. A Bardarash, ce sont des personnes déplacées : l’un était médecin dans une ville irakienne peu de temps auparavant, tous avaient des conditions de vie satisfaisantes et un accès à l’eau potable avant de quitter précipitamment leur ville, leur vie… Bref, c’est assez déstabilisant, d’autant que la réalité du conflit n’est jamais loin..
 

Témoignage de David Poinard 2


Vous êtes parti sans hésitation ?
D.P. : Aucune hésitation… Mais avec de nombreuses questions malgré tout. Comme beaucoup de gens, je ne connaissais de la région que ce que j’en lisais dans les journaux, soit la description d’un lieu de conflit armé. Mon entourage familial et professionnel n’était pas particulièrement rassuré. Et puis, avec le support de la Fondation et ses réponses, mes proches ont été convaincus.
Et vous repartiriez sans crainte ?
D.P. : Sur place, les contrôles de sécurité font partie du paysage. On croise des gardes armés, des chiens, des miroirs, des portiques… Le climat est légèrement oppressant au début, puis devient banal. Les populations apprennent à vivre avec et sont très accueillantes. Mais l’Irak reste un pays en situation de conflit armé, les témoignages nous rappellent à l’ordre : le risque existe et il faut rester vigilant. Je repartirais sans hésitation : une telle mission est une expérience personnelle et culturelle extraordinaire. Vous y gagnez en humilité, mesurant chaque jour la chance qui est la vôtre de vivre dans un pays en paix.
 

Témoignage de David Poinard 3

David Poinard, 38 ans, est hydrogéologue de formation. Collaborateur du Groupe Veolia depuis 2001, il travaille au sein de Veolia Eau comme manager de service Ingénierie technique Eau du Grand Lyon.