Microplastiques, les équipes de la fondation Tara Océan et Veolia collaborent

M. Plessis, pour quelles raisons le groupe Veolia se lance sur la problématique microplastique, votre cœur de métier n’est-il pas l’eau potable et les eaux usées ?

Emmanuel Plessis

Vous savez, Veolia est un opérateur d’innovation qui a accompagné notre urbanisation depuis plus de 160 ans en réglant le problème de la distribution d’eau potable et en traitant la pollution liées aux eaux usées. Notre challenge aujourd’hui est de poursuivre l’innovation et d’anticiper l’impact des pollutions futures en apportant des solutions techniques et économiques aux collec- tivités locales notamment pour anticiper les futures réglementations. C’est précisément ce que nous faisons avec la problématique (toute nouvelle) des microplastiques dans le cadre notamment du projet MEDITPLAST. 

Pouvez-vous nous expliquer en quelques mots ce qu’est le projet MEDITPLAST ?
MEDITPLAST est un projet Européen de Recherche et Développement piloté par Veolia et soutenu par l’Agence de l’Eau RMC qui fait le point sur les sources et les concentrations de microplastiques et de nanoplastiques, invisibles à l’œil nu, dans les différentes matrices environnementales de la rade toulonnaise. Il vise à développer une technique d'échantillonnage des microplastiques et d'évaluer des procédés de rétention et de réduction de ces plastiques dans les filières de traitement des eaux. Le projet évaluera également l’impact des microplastiques sur le vivant et plus particuliè- rement sur le bas de la chaine alimentaire (phyto et zooplancton).

Qui sont les acteurs du projet ?
Vu la complexité du sujet, le groupe Veolia s’est lancé dans une démarche d’Open Innovation en allant chercher les compétences nécessaires à la réussite du projet. Acteur local sur la Métropole TPM, c’est tout naturellement que nous avons sollicité les chercheurs de l’université de Toulon dotés d’une solide expérience sur les micropol- luants. L’équipe est également complétée par les chercheurs de l’université d’Aalborg au Dane- mark (spécialisés dans l’échantillonnage et l’ana- lyse des microplastiques), les ingénieurs de VERI (filiale de Recherche et Innovation de Veolia) et de la Fondation Tara Océan acteur engagé et totalement pertinent sur ce sujet.

Romain Troublé. Photo © Maeva Bardy

M. Troublé, pourquoi vous impliquer sur ce sujet des microplastiques ?
Il faut rappeler que la goélette scientifique TARA a mené une mission d’un an en 2014 sur le stock de plastiques en mer méditerranée et collecte en fait depuis plus de dix ans dans ses filets des échantillons de plas- tiques et microplastiques à l’occasion de chacune de ses missions. Le constat est clair aujourd’hui, sur plus de dix ans, nous constatons la présence de microplastiques dans tous les prélèvements effectués sur toutes les mers de la planète, y compris aux pôles. D’où viennent-ils ? C’est pour cette raison que nous nous tournons désormais vers les flux de ces déchets avec une mission spécifique en 2019 sur les sources poten- tielles de microplastiques déversés en mer par le bassin d’Europe de l’Ouest.

En quoi consiste votre « Mission Microplastiques 2019 » ?
Notre mission, coordonnée par notre partenaire stratégique le CNRS, consiste en 4 phases :

  • Explorer le cours de 10 grands fleuves pour identifier les foyers de dispersion des plastiques et leur impact
  • Comprendre la toxicité des microplastiques
  • ​Identifier les sources de pollution à terre
  • Informer et sensibiliser le public et les décideursCette mission nous permettra de mieux comprendre le phénomène microplastique et vise des objectifs identiques à ceux du projet MEDITPLAST lancé par le groupe Veolia.

À ce propos, M. Troublé, comment se matérialise votre partenariat avec le projet MEDITPLAST ?
La Fondation Tara Océan collabore depuis plus de dix ans avec la fondation Veolia sur des sujets liés à l’environnement et à la biodiversité. Il était logique de travailler ensemble, notamment pour partager nos conclusions et assurer le volet « Éducation et sensibilisa- tion » du projet MEDITPLAST. Nous mettrons notre expertise en matière de formation, d’éducation et communication au service des résultats du projet MEDITPLAST. Pour vous  donner  un exemple, nous avons réalisé une exposition sur le sujet microplastique à destination du grand public, nous avons également développé avec Veolia une mallette pédagogique avec des tests, et des jeux qui expliquent de manière ludique la problématique des microplastiques. Ces outils ont notamment été déployés à l’occasion de notre escale à Toulon en août 2019. 

En guise de dernière question, êtes-vous confiant au sujet de la pollution par le plastique ?
Romain Troublé :
Notre mission 2019 démontre que les flux de microplastiques en mer viennent de la Terre, c’est donc en changeant nos usages que nous pourrons améliorer la situation. Les solutions sont à terre, et cette analyse d’un bassin versant comme Toulon est aussi inédite qu’indispensable !
Emmanuel Plessis : C’est pour cette raison qu’il est important de sensibiliser les citoyens du monde et de proposer des contenus pour les enseignants car nous devons agir aujourd’hui pour notre bien-être et celui des générations futures ; il est de notre devoir « de ressourcer le monde », comme on dit chez Veolia !
Propos recueillis par Quentin Davril