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18 mai 2015

Lulu dans ma rue ouvre son premier kiosque à Paris

Le 8 avril dernier, les habitants du quartier Saint-Paul, à Paris, ont découvert le premier kiosque de l'association "Lulu dans ma rue". De quoi s'agit-il ? D'un modèle innovant de conciergerie solidaire.

L'association à l'origine de ce modèle alternatif d'emploi met en relation des "Lulus", personnes en recherche d'opportunités professionnelles, et des habitants à la recherche d'un service. Monter des courses au 5étage sans ascenseur, fixer un rideau, repasser ou garder les enfants pour la soirée... Les prestations, à partir de 5 € les 20 minutes, sont aussi variées que les compétences des Lulus. Le système est simple : les Lulus sont auto-entrepreneurs et rémunérés sur facture par l'association qui gère les clients, assure le tutorat des Lulus, et organise la mise en relation.

Le soutien de la fondation Veolia a permis à Charles-Edouard Vincent, à l'origine de l'initiative, de développer l'étude de faisabilité et de procéder à cette première implantation. L'ouverture du kiosque dans le 4e arrondissement de Paris constitue la phase pilote du projet et doit permettre, après une année d'expérimentation que soutient également la Fondation, d'envisager un déploiement de ce "comptoir des services" à travers toute la France.

Les explications avec Charles-Edouard Vincent,
fondateur d'Emmaüs Défi et de Lulu dans ma rue


Vous voulez recréer des services ponctuels de proximité, en quelque sorte des « petits boulots » : en quoi est-ce une innovation sociale ?

« Petits boulots » n'est pas le bon terme, il a une connotation de précarité alors quenous voulons justement sortir des personnes de la précarité en créant un réseau de services de proximité de qualité. En appartenant à ce réseau, dont le « hub » sera le kiosque de la conciergerie, les prestataires de services vont acquérir un statut, une notoriété dans le quartier. C'est une conquête sociale : nous souhaitons contribuer à faire évoluer cette société qui condamne beaucoup de personnes talentueuses à l'inactivité. Certains envoient des dizaines de lettres pour postuler à un emploi et on leur répond non, non, non... Nous voudrions rendre possible l'accès à l'activité pour tous. Il n'y a pas de sot métier : le fait de travailler avec cœur, dans une logique de services, a énormément de valeur, et on peut ainsi devenir fier de ce qu'on fait.

Les « Lulus » peuvent travailler ainsi pendant 1 mois, 6 mois ou 10 ans, à leur convenance. C'est une nouvelle forme d'insertion par l'activité : chaque prestataire accroît son employabilité et son réseau. Le patron de PME qui a été très content d'un service à titre personnel peut faire appel au « Lulu » de façon plus structurée et récurrente. 

« Lulu dans ma rue » combine la présence physique de la conciergerie à une plateforme web : comment la technologie est-elle utilisée au service du lien social ?

Il faut faire en sorte que les plateformes web aient un impact social. La technologie doit être un vecteur d'intégration et non de précarisation. Les plateformes collaboratives facilitent la création de nouveaux marchés et fluidifient la rencontre entre l'offre de services et la demande. Mais il faut étayer ce marché par de vraies démarches d'accompagnement social. 

La fondation Veolia a contribué en 2014 au financement de l'étude de faisabilité des conciergeries dans Paris : quels en sont les enseignements ?

Cette étude nous a aidés à comprendre comment des plateformes web sont déjà utilisées par des microentrepreneurs pour vendre des services de proximité, quelles sont leurs motivations et leurs enjeux, et comment « Lulu dans ma rue » peut se positionner par rapport à l'existant. Le résultat de l'étude est l'installation du kiosque pilote de conciergerie dans le 4è arrondissement de Paris, en mars 2015. 

La clé du bon fonctionnement du système est d'établir la confiance entre clients et prestataires de services : comment le faites-vous ?

Je crois que l'implantation physique va faire une énorme différence, elle va rassurer les habitants du quartier. Ensuite, nos partenaires assoient notre crédibilité : nous ne sommes pas sortis de nulle part ! Nous avons le soutien de la Ville de Paris et de grandes entreprises reconnues.

Par ailleurs, les « Lulus » sont sélectionnés, formés et évalués : leurs clients pourront publier sur la plateforme web une évaluation du service rendu.

En expérimentant, nous allons découvrir comment améliorer le concept, les services les plus demandés et sans doute d'autres que nous n'avons pas encore envisagés... Nous pourrions investiguer sur la pertinence de services dédiés aux entreprises. Mon espoir est d'« embarquer » tout le quartier dans l'évolution vers une société plus inclusive : c'est l'affaire de tous.

Les premiers chiffres un mois après l'ouverture

En un mois, Lulu dans ma rue a enregistré 311 commandes et réalisé 225 prestations. Les dossiers de 17 Lulus sont bouclés (référencement, déclarations, etc.) et 15 sont en cours de formalisation. Le kiosque a reçu plus de 3 600 visites et le site web 10 000. De la conciergerie physique à la plate-forme web, l'innovation sociale prend toutes les formes.


Ressources :