De l’électricité pour tous dans les zones rurales malgaches

Deux jeunes ingénieurs s’engagent dans l’expérimentation de nouveaux modèles d’électrification décentralisée : les nano-réseaux. Fondateurs de l’association Nanoé Développement, ils testent à Madagascar un dispositif à énergie solaire susceptible d’être dupliqué à grande échelle pour des milliers de personnes.


La création de Nanoé Développement, en août 2016, est partie d’un constat : le manque d’accès à l’électricité reste l’une des barrières les plus importantes au développement de l’Afrique et à sa prospérité. Elle enferme encore aujourd’hui des millions de personnes dans l’extrême pauvreté.

Une démarche doublement innovante

Les deux ingénieurs à l’origine de l’association ont la conviction qu’il est possible de développer l’accès à l’électricité en créant un nouveau modèle, progressif et modulaire : « l’électricité latérale ». Leur démarche consiste à privilégier l’interconnexion progressive de petits réseaux décentralisés gérés localement plutôt que d’attendre le développement d’une infrastructure nationale susceptible de s’arrêter aux portes des zones rurales.
 
Leur projet s’appuie sur un dispositif baptisé « nano-réseau », qui fonctionne à l’énergie solaire. Il alimente en électricité cinq ou six foyers qui achètent à l’avance une quantité d’énergie par téléphone portable via une plateforme sécurisée. L’électricité fournie à bas coût à chaque foyer permet d’alimenter deux ou trois lampes LED et de charger un appareil électrique/électronique, par exemple un téléphone.
 
L’innovation est également sociétale : le modèle développé par l’association vise à structurer une filière locale d’électrification décentralisée constituée de petits entrepreneurs locaux (ou « nano-entrepreneurs »). Une fois formés par Nanoé, ils déploient des nano-réseaux électriques, alimentés par des panneaux solaires et reliés à des batteries, et dont ils choisissent d’être simples exploitants ou propriétaires. Ces installations desservent entre quatre et six foyers qui achètent l’électricité produite aux entrepreneurs. Ces derniers en tirent un bénéfice potentiel d’1,6 fois le revenu national médian national.
 
Ainsi, Nanoé Développement entend participer à un meilleur accès à l’emploi des jeunes, enjeu socio-économique majeur de l’Afrique sub-saharienne.

Une phase de tests avant l’essaimage

Grâce au soutien de la fondation Veolia, une phase d’expérimentation a été menée au premier semestre 2018 dans une zone identifiée du nord-ouest de Madagascar où moins de 5 % de la population a accès à l’électricité. La solution de paiement a été soutenue par Orange, très présent en Afrique avec son offre Orange Money. En quatre mois, quinze nano-entrepreneurs ont été formés, 100 nano-réseaux déployés et près de 300 foyers connectés.
 
D’ici la fin 2018, Nanoé Développement entend prouver la réplicabilité des nano-réseaux pour préparer la diffusion à très grande échelle de ce modèle d’électrification latérale et solidaire. L’objectif est affiché : 1000 nano-réseaux et 100 nano-entrepreneurs dès la fin de l’année.
 
L’ambition dépasse Madagascar. L’association entend capitaliser sur cette expérience pour faire connaître l’électrification latérale en dehors des frontières de l’île et sensibiliser les décideurs africains et internationaux, publics et privés, sur ses avantages par rapport aux solutions actuelles d’électrification.