Le service de proximité vecteur de lien social et outil d’insertion professionnelle

En ouvrant un kiosque dans le cœur de Paris, l’association Lulu dans ma rue a inauguré un nouveau modèle d’insertion fondé sur le recours aux services de proximité. Outil de mise en relation, cette conciergerie solidaire connaît un succès important et permet à des personnes éloignées du monde du travail de renouer avec une activité professionnelle.

« J'ai la conviction qu'il est aujourd'hui indispensable pour que chacun puisse trouver sa place dans la société d'inventer des activités pour tous. La notion de services urbains de proximité constitue un tremplin pour de nombreuses personnes exclues ou éloignées de l'emploi, qui pourront ainsi se sentir de nouveau utiles, apporter un réel service et avoir des compléments de revenus aux minima sociaux. »
Christine Rodwell


A l’origine du kiosque Lulu dans ma rue, il y a le fondateur d’Emmaüs-Défi, entreprise d'insertion qui emploie aujourd'hui 200 salariés dans le recyclage et la revente d'objets. Charles-Edouard Vincent, 42 ans, a imaginé le concept de conciergerie solidaire en 2014 avec l’idée de proposer une activité durable aux personnes sortant de parcours d'insertion qui ne trouvent pas d'emploi en entreprise. Pour concrétiser cette ambition, il a imaginé un kiosque urbain doublé d’une plate-forme en ligne pour mettre en relation des habitants à la recherche de compétences et des “Lulus”, autoentrepreneurs proposant leurs services.
 
Une phase exploratoire avant l’installation d’un premier kiosque
La Fondation a soutenu une première fois l’association, connue sous le nom de “Lulu dans ma rue”, lors de la phase d’avant-projet, en prenant en charge l'étude de faisabilité sur Paris. Ses conclusions ont permis d’envisager l’installation d’un lieu physique et son exploitation expérimentale pendant un an.
 
Rue Saint-Paul, dans le 4e arrondissement de Paris, un véritable kiosque urbain a ainsi été inauguré en avril 2015. Un concierge de l’association y accueille les riverains à la recherche d’un service et les met en relation avec un “Lulu”. Le dispositif repose sur des prestations tarifées à partir de 5 € les 20 minutes pour des missions aussi variées que les compétences des Lulus : monter des courses au 5e étage sans ascenseur, fixer un rideau, repasser, promener un animal de compagnie, garder des enfants... Le système est simple : les Lulus sont autoentrepreneurs et rémunérés sur facture par l'association qui gère les clients, assure le tutorat des Lulus, et organise la mise en relation.
 
Lulu dans ma rue

Le succès du dispositif a été immédiat : en un mois, Lulu dans ma rue a enregistré 311 commandes et réalisé 225 prestations grâce à 17 Lulus. Le kiosque a reçu plus de 3 600 visites et le site web 10 000 dès les premières semaines.
 
Un suivi précis de l’activité pour essaimer
L’association a dressé un premier bilan à l’automne 2015. Elle a notamment bénéficié d’une étude pour mesurer l’impact du service auprès de ses utilisateurs et bénéficiaires. En cinq mois, une quarantaine de “Lulus” avaient été référencés par l’association et quatre sur dix de ces autoentrepreneurs gagnaient entre 550 et 1 200 € par mois. Près de 700 clients avaient recouru aux services des Lulus, soit environ 2000 demandes de services et 25 commandes quotidiennes.
 
Aujourd’hui, l’activité économique est avérée. Génératrice de revenus pour les Lulus, elle renforce l’employabilité de ces personnes jusqu’alors éloignées du monde du travail. Le kiosque a également été reconnu comme un vecteur fort de dynamisation de la vie de quartier. Le principe de cette conciergerie solidaire séduit d’ailleurs bien au-delà du 4e arrondissement de Paris. Les sollicitations affluent pour ouvrir des kiosques dans d’autres villes de France (Brest, Bordeaux, Toulon, Lille, Grenoble…)
 
Pour l’année 2016, Lulu dans ma rue s’est donné l’objectif, avec le soutien de la fondation Veolia, d’ouvrir cinq nouveaux kiosques à Paris. Une première phase de déploiement est prévue dans deux autres arrondissements dès le premier trimestre 2016 et un essaimage plus important sera mis en place à partir de mai 2016 avec trois autres kiosques, notamment grâce aux outils numériques en cours de test (application Android de gestion des commandes pour les Lulus et pour les clients). Cette présence dans les quartiers sera renforcée par les kiosquiers parisiens déjà existants : les kiosques à journaux seront des relais de prise de commandes pour Lulu dans ma rue afin que les clients puissent trouver une réponse à leur demande au plus près de chez eux.
 
L’association prévoit également de former les Lulus et de collaborer avec les acteurs territoriaux de l’action sociale : régies de quartiers, direction de l’action sociale, de l’enfance et de la santé de la mairie, etc. Charles-Edouard Vincent n’oublie pas non plus, pour enraciner le service dans la ville, d’échanger avec les artisans présents aux alentours, pour une répartition harmonieuse des commandes et clients. Le succès du projet doit conduire à inscrire ces conciergeries solidaires dans la durée.
 

 
  • Les Parisiens plébiscitent le Kiosque Lulu dans ma rue Le Parisien
  • Lulu dans ma rue, une nouvelle conciergerie de quartier, remet le service de proximité au goût du jour et redonne le sourire ! NEON
  • Comme une « révolution minuscule » à l’échelle d’un quartier. Cette révolution a un nom :  Lulu dans ma rue MerciPetit 
  • Avec ses prestations rémunérées, Jacques a un pied dans le monde du travail et se projette professionnellement Rebondir
  • Lulu référencé dans le petit guide du Paris Solidaire Le Parisien
  • On parle des Lulus jusqu'au Japon : 地域住”がパリに誕生, マンション・ラボ 
  • Un concierge près de chez vous dans Le Monde du 14 juin 2016