Vous êtes porteur d'un projet susceptible de répondre à la mission et aux priorités de la Fondation Veolia Environnement ?
« Personne n'oublie l'essentiel : apporter une aide durable à une population en danger. »
Pascal Merland et Pierre-Yves Cailleton, volontaires Veoliaforce de Veolia Propreté, sont partis deux semaines en mission afin d'appuyer l'ONG américaine Blacksmith Institute, chargée par l'Unicef de la dépollution des villages nigérians.
Vous êtes parti quinze jours en novembre au Nigeria dans le cadre d'un vaste programme de lutte contre une intoxication au plomb. Quelle est la situation sur place ?
A ce jour, huit villages contaminés ont été identifiés. Deux ont été dépollués au début de l'été, cinq sont en cours de décontamination et un dernier restera à traiter. La pollution est liée à l'exploitation récente de la roche locale qui contient un peu d'or mais s'avère surtout très riche en plomb. Réalisé sans précaution, ce travail d'orpaillage comporte des risques. Les blocs de roche extraits par les hommes sont ramenés au village pour être réduits en grains fins par les femmes et les enfants. Les poussières de plomb, qui se sont répandues partout, menacent l'environnement mais aussi la santé humaine, par inhalation ou ingestion, provoquant une intoxication (saturnisme). La totalité des enfants testés présentent ainsi des taux anormalement élevés de plomb dans le sang. Ils sont les premières victimes de cette pollution : dans certains de ces villages, 20 à 30 % des enfants de moins de cinq ans sont décédés au cours des six derniers mois.
L'Unicef est d'ailleurs déjà présente sur place...
C'est effectivement l'Unicef qui a mandaté le Blacksmith Institute, une ONG américaine qui surveille les sites les plus pollués de la planète pour le compte des Nations-Unies. La Fondation Veolia Environnement a été sollicitée dans ce contexte et avec un objectif précis : s'assurer, sur le terrain, de la meilleure utilisation des fonds de l'Unicef en optimisant les solutions déployées. Nous sommes donc partis avec Pierre-Yves Cailleton pour auditer les process. Très concrètement, la décontamination conduit à isoler des remblais de terre polluée. Il s'agit d'éviter que la gestion de ces déchets ne donne lieu à une nouvelle pollution dans quelques années.
Que fait-on habituellement de ces déchets dangereux ?
Ils ont vocation à être stockés conformément aux réglementations locales et après études de risque et d'impact. Mais le Zamfara ne prévoit pas de loi à ce sujet et aucune donnée géologique ou hydrogéologique n'est disponible. Il faut donc au moins mettre en œuvre les moyens de surveiller l'évolution de ces déchets pour être alerté au moindre problème. Nos recommandations ont d'ailleurs essentiellement porté sur cet aspect.
...« recommandations » parce que vous avez suivi au plus près le travail du Blacksmith Institute.
Les équipes américaines ont commencé par approcher ces tribus Hausa en faisant œuvre de pédagogie pour sensibiliser les chefs de famille à la situation et pouvoir entrer chez eux. Une cartographie de la pollution a été établie par habitation et par quartier. Et pour mettre en œuvre un plan d'attaque, ce sont des équipes locales qui ont été recrutées, le Blacksmith Institute jouant le rôle de superviseur et de coordinateur. Dans chaque village, les habitats sont vidés, nettoyés, les sols grattés et une équipe de déblaiement vient ramasser la terre polluée. Puis ce sont des remblais de terre saine qui sont utilisés avant de réinstaller les familles. Quand un enfant a été malade, il est soigné par Médecins sans frontières (MSF) et la maison qu'il réintègre bénéficie d'une dalle de ciment pour éviter qu'il ne soit de nouveau en contact avec la terre battue.
Justement, comment vous assurez-vous de la décontamination des lieux ?
Des prélèvements et analyses sont régulièrement effectués pendant toute la durée de l'opération de dépollution. A plus long terme, nous voulons placer les décharges au plus près des sites d'extraction d'or, au cas où leur exploitation sauvage reprendrait malgré l'interdiction des pouvoirs publics nigérians.
Comment avez-vous été reçu par vos partenaires sur place ?
Mes interlocuteurs étaient demandeurs d'un avis extérieur pour optimiser leurs processus de fonctionnement tout comme j'étais heureux de pouvoir régulièrement échanger avec l'équipe de la Fondation à Nanterre pendant mon séjour. Personne n'oublie l'essentiel : apporter une aide durable à une population en danger.


